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Yango II Biennale de Kinshasa “Toko zela Lobi te” se poursuit dans une logique d’enchaînement de présentatiion des oeuvres qui font baver. L’axiome esthétique, politique et désobéissance artistique a tenu sa promesse. A l’instar de la performance théâtre d’Aurélien Gamboni, Blaise Musaka et le collectif d’art d’art représentée le 13, 15 et 16 juillet 2022, à la maison inachevée Chez le Tintin à Kinsuka, au Rond-point Kabambare à Barumbu Bon-marché et à l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa un chef-d’œuvre d’engagement acteurs et public.

Le Triptyque uni pour offrir un joyau du Kontempo

Cette Performance, est le fruit d’un travail acharné du triptyque Aurélien Gamboni (Suisse), Blaise Musaka (RDC) et le collectif d’art d’art de la RDC. Executée par les comédiens Chouchou Ekosi Yoka, wisdom Kuzamba, Kady Vital Mavakala le violoniste, Chic Tshelo Violoncelliste et David, avec la mis en scène Michael Disanka. De son passage à des points différents, l’on retient que si à Kinsuka ce spectacle a tenu le public en haleine comme première prestation Yango biennale, au Rond-point Kabambare il s’est révélé époustouflant et plus performatif par l’émulation qu’il a imposé aux artistes. Pour devenir plus attractif à l’Academie des Beaux-Arts de Kinshasa.

Un spectacle époustouflant de théâtre de rue d’une heure qui a investi le lieu, captivant le public dans un rythme crescendo. Ecrit par Aurélien Gamboni et Blaise Musaka, pas de ligne de césure entre les artistes prestataires et le public, entre la scène et le lieu, entre le réel et le vrai, dans cette performance. Ceci grâce à des prestations talentueuses des comédiens. La magistrale Chouchou Ekosi Yoka, pour la citer, a epaté dans un personnage de folle décriant la politisation de la vie sociale congolaise et les manipulations politiques. Une interaction public-acteur permanente qui a arrêté le temps et repoussé les limites de l’espace.

Tenue à quelques encablures de la Plateforme contemporaine à Bon-marché, cadre choisi pour accueillir Yango II Biennale de Kinshasa. La route de Kabambare qui bifurque à cet endroit est très fréquentée par des wewa (taxi moto), ketch (taxi), 207 (taxi bus), garagistes, policiers, Bana effet (colporteurs) comme des passants… Tous, sans exception aucune ont, dans cette interactivité ingénieuse, assisté comme public et joué comme énième acteur.
Rien d’étonnant qu’ils atteignent un taux de satisfaction qui dépasse le 80%.

Aurélien et Blaise ont ainsi trouvé dans leur écriture une certaine forme d’équilibre entre les non-dits et manipulation. Avec beaucoup des implants dans leur scène. Des symboles que le public dans son identification s’est reconnu, et a su amplifier pour décoder la pertinence de la démarche.

De bout en bout, un discours ficelé de la manipulation, sur des faits de société, des non-dits et de dénonciation des mensonges exaltés qui opposent Chouchou la folle et wisdom le badaud, sans être un dialogue, mais un ensemble des soliloques. Des questionnements soulevés, la parité, religion, y sont évoqués succinctes mais intensément “Boza lisusu n’a mitema te, bo tika ba ndeko basi ba PE ba diriger(…) Politique eza coop (…) Ici on nous vend le Christ! Alléluia !!!Comment on peut avoir beaucoup de sorcellerie et beaucoup des églises”. Son agilité, l’exhibition des pas de danse, sa prestance et sa présence amène Chouchou à se fondre au tréfonds de son personnage par une identification très poussée et performative, au point qu’un fou la considere pour la plus folle, un couple au sortir de leur office du mariage civil l’exorcisent “au nom de Jésus”.

Une identification très poussée des acteurs

Un jeu d’acteur de la folle qui dans ses délires dépeint une société politisée jusqu’à sa moelle osseuse -“Tout le monde parle politique : la maman vendeuse de pain, parle politique, le boulanger, parle politique, les bébés parlent politique, la maman malewa qui ne connait même pas le français, parle politique. On ne la bouclera pas! On ne la bouclera jamais! (…) Notre manière de participer en Afrique c’est le verbe.” Chouchou et wisdom se jouent de tout comme support, les lectures à haute voix des journaux par le public créent un vacarme qui d’ailleurs décrit le mieux notre scène politique faite de dénonciation et des verbiages des gouvernants comme des gouvernés.

C’est l’histoire d’une folle qui dans sa démence est déchirée par l’absurdité du vécu quotidien de la population. Rien n’est laissé pour compte dans son incontinence verbale. De la misère du peuple, en passant par la mégestion des gouvernants, la naïveté du peuple, les détournements des fonds par des oligarques, l’endormissement des églises de réveil, des promesses électorales stériles, le nihilisme des parlementaires, jusqu’aux démagogies assimilées des parlementaire-debout.

Le ressenti du public, l’implicite qui fonctionne et fait monter d’un cran la teneur de ce spectacle. Plus d’émotions, le rôle est attiseur, ces personnages avouent des choses difficiles, le rapport entre la rationalité et la normalité est remis en question. Car par sa demence elle parvient à un discours incisifs débité par une belle diction, pour dénoncer l’absurdité de la société dans tous les échelons. Même la scénographie, le décor planté est celui d’un Kioske à journaux à la congolaise, d’où les journaux sont étalés à même le sol, le kiosquier David, débout en observateur figé par moment…

La performance de ce théâtre contemporain, s’est tenue à trois reprises à la même heure aux environs de 15 heures. Cette lumière diurne permet de renforcer l’autenticité, des traits, l’exposition au soleil sec de la saison sèche en donne un ton, créé des ombres, des sueurs lors des certaines scènes comme la mention sur sol des martyrs de la démocratie (Lumumba, Rossy Mukendi) ou encore des faits( -manipulation-, -arnaque)-.

Cette mis en scène de Michael Disanka parvient habilement à isoler et à mettre en exergue les comédiens. Nos faiblesses trouvent leur force par la décomposition de la vérité par les acteurs et la recomposition par le public. Ainsi un signal faible, semble-t-il , d’un message émis par la représentation des symboles, est vite amplifié et décodé. Pas des dialogues que des langues des bois, soliloques qui étendent les perspectives d’appréhension mais dans l’unicité du thème “Les manipulations politiques”

C’est une occasion de découverte de la performance pour nombreux Kinois . Ce mode d’expression artistique qui fait primé l’action et l’expérience.
Elle fait “vivre” au public un événement où l’artiste s’engage physiquement dans une action en un temps et un espace pour constituer l’œuvre. Celle d’Aurélien et Blaise Musaka se rapproche quelque peu du Happening. Puisque tout n’est pas totalement prévue,
construit, écrit.

Une interaction permanente public-acteur rien est innocent

Cette performance participative acteur, spectateur et acteur, est une forme de subversivité et d’engagement qui ouvre d’un côté, une fenêtre à l’espoir et au changement, tel que ressentie par le public.
Des sorties et entrées en jeu, faisant montées frénétiquement une certaine appréhension, des rires, rires jaunes et sournoises. La comédienne Chouchou joue un personnage allumeuse “Tout est Coop! La politique c’est coop le refus de visa, le détournement, le président, ministre, l’église…

Les répliques des spectateurs, en choeurs “Tout est Coop! Coop! Coop!, sont des éléments pour remplir le puzzle qu’Aurélien Gamboni, Blaise Musaka et la mis en scène de Michael Disanka ont laissé inachevé et ne sera complété que par cette énième acteur, le public. En plus d’être perversive, cette Performance est un remue-méninge.

Rien n’est innocent, le choix est authentique du fait que ce sont ces coins de vente des journaux qui se muent en cadre de débat politique ou se sont transformés en bastion de l’opposition pendant des décennies que l’on nomme parlement-debout. Cette symbolique d’ailleurs qui justifie une composition ancrée sur des sentiments lourdement exprimés, d’ailleurs ce sont les parlementaires-debout qui aujourd’hui détiennent le pouvoir. La question de la consommation des messages des politiques par la population. Les journaux sur les faits de société… Tout ceci, adoucit ou quelques fois tonifié par le violon et violoncelle, leur claquette aussi…

Cette pièce est une sonnette d’alarme tirée pour alerter toute une nation, que le pays est au bord du precipice. En une heure, étrangement la perf arme le public d’un sentiments d’être au front pour le combat, par des émotions, de rappels des faits pourtant contemporains. Y sont dénoncés toutes complicités à ces manipulations politiciennes qui entravent le développement…

Il nous semble que cette performance soit dans un perpétuel processus de création qui ne finit que pendant qu’elle se joue. Les auteurs Aurélien et Blaise Musaka ont parfaitement fait confiance à la participation des spectateurs dans le jeu. Ce choix judicieux adapte la pièce au public et à l’environnement. Exemple, Chouchou dans sa folie rencontre sporadiquement un fou, un vrai, par sa virtuosité, elle suit le fou, ils cheminent à la minutes, ni le metteur en scène, ni l’auteur, ni le personnage, personne ne sait ce qui se produira après… Aussi, la parution d’une escorte de la police… Ces sont des intrigues qui se nouent et se dénouent devant les spectateurs, pleines de suspens tant risqués, qui ont hissé ces instants dans des temps forts de bravoure des acteurs.

La fête de l’art contemporain Yango II Biennale se poursuit

Avec Nadia Yala K et Sara Alonso comme commissaires, Yango II Biennale de Kinshasa riche en programmation de l’art contemporain se poursuit jusqu’au 14 Août en 20 lieux, spectacles vivants, expositions et expositions itinérantes, une quarantaine d’artistes venus de plus de 11 pays du monde ont transformé Kinshasa en capitale de l’art contemporain toute cette période durant. “Tokozela Lobi te.

Par Elrick Elesse

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