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Après une longue série des interdictions de ses films, déclarés persona non grata sur les écrans congolais en 30 ans, à l’image de lui même d’ailleurs, expulsé et incarcéré. Thierry Michel était à l’honneur à la salle du spectacle du Palais du Peuple, où il a présenté ce vendredi 27 novembre à 18 heures son 11 ème film, le tout dernier, intitulé “L’empire du silence“.
Qui retrace la tragédie des génocides avec ses millions de victimes en République Démocratique du Congo de ces trois dernières décennies, du départ du Maréchal Président Mobutu, les Kabila, puis l’élection Tshisekedi. D’une cruauté qui simule la fiction. Pourtant, Thierry Michel met à nu des scènes de barbarie vraies.
Ça se passe ici à Kinshasa, en présence du présidents du Sénat Bahati Lukwebu et du président de la chambre basse du parlement Christophe Mboso, en vue d’encourager Thierry Michel.
L’originalité de la narration par sa voix grave, la crudité de la vérité et la généalogie des guerres congolaises et de la cruauté, ce film pose le jalon de la mise en œuvre du rapport mapping encore sur les tiroirs des Nations Unies, laissant l’impunité battre son plein en RDC, plusieurs générations durant et les présumés auteurs se rire de la justice.

Thierry Michel est passé au micro de Télégramme du Congo dans un entretien à bâton rompu, que voici :

Télégramme du Congo : Thierry Michel aujourd’hui vous êtes à l’honneur par une projection de votre dernier film. Quelle est pour vous la particularité de cet événement ?

Thierry Michel : Je suis invité à présenter mon 11 ème film que je réalise en RDC, depuis 30 ans qui s’appelle “L’empire du silence” et qui va retracer les 25 dernières années de l’histoire congolaise. Vous savez qu’à l’époque  j’avais réalisé un autre film qui avait remonté une trentaine d’années ça s’appelle “Mobutu Roi du Zaïre“. Ça commençait à l’indépendance et ça se termine à la mort du président Maréchal Président.
Ici je commence sur la fin du président Maréchal Mobutu, et à travers l’épisode Laurent-Désiré Kabila, Joseph Kabila que je lie jusqu’à l’élection de Félix Tshisekedi. Mais c’est aussi le portrait de la tragédie congolaise malheureusement. Comment le pays après la mort de Mobutu est plongé…euh, déjà de son vivant d’ailleurs, a plongé dans la guerre. Des guerres qui ne sont jamais terminés. Et comme vous savez encore aujourd’hui…il y a des massacres toutes les semaines dans l’Ituri ou au Kivu.

Télégramme du Congo : En résumé qu’elle est l’idée générale de “L’empire du silence” votre film?

Thierry Michel : C’est l’histoire ! On va remonter l’histoire, l’enchaînement de l’histoire. Et la tragédie congolaise. Mais aussi, la résistance de certains des Congolais. La liberté de la parole. Vous allez voir comment les gens parlent librement de ce qui s’est passé osent citer les noms de ceux qui les ont massacré. C’est à ce niveau que souffle un vent de liberté au Congo.

Télégramme du Congo : Quel est le but que vous poursuivez à travers ce film?
Mon but est d’abord un but de cinéaste, faire un film qui intéresse le public. C’est aussi le travail d’un journaliste, celui d’informer. Un travail d’historien, préserver la mémoire, que les gens connaissent  leur histoire, je dirais que c’est le premier objectif. Qu’on puisse ressembler les pages éparses de l’histoire, dont on a jamais vu vraiment les enchaînements pour mieux comprendre l’histoire pour qu’elle ne se reproduise pas demain. Au-delà de ça, se posera à travers ce film (mais ça ce n’est pas mon travail, c’est celui des organisations de la justice, des organisations internationales, de la société civile) il va se poser la question des réparations des victimes. La préservation des preuves des massacres qui ont eu lieu. Par exemple l’exhumation des fossés communes. L’identification. De la mise sur pied d’une justice nationale, de la mise sur pied d’une justice internationale, parce que vous savez que tous les crimes n’ont pas étés que par les Congolais… Donc au Congo on peut sans doute juger les Congolais, mais comment juger les armées étrangères voisines qui sont venus piller le pays et massacrer. Ça été le cas d’ailleurs à Kisangani, lors de la guerre de 6 jours,  ce sont les armées Ougandaise et Rwandaise qui se sont fait la guerre pour s’accaparer des comptoirs de diamants. Mais la victime de cette guerre, des nombreuses victimes d’ailleurs… j’ai été filmé dans nombreuses cimetières, où sont enterrés ces pauvres gens. Ça a été des congolais, des milliers des bombes qui sont tombés sur Kisangani.
C’est tout ces épisodes d’histoire qu’il faut rappeler, parce qu’il faut connaître son histoire, mais aussi parce que les jeunes n’ont pas connu ces événements.

Télégramme du Congo : est qu’on vous a demandé d’être censuré avant la projection du film ici au Congo?

Thierry Michel : Moi, on m’a jamais censuré… Si on m’a déjà censuré ici au Congo Contre ma volonté. D’abord le cycle du serpent était interdit. J’étais arrêté et incarcéré. J’ai fait le stage de Kin Mazière ( ndlr: un ancien cachot de la police) et d’autres cachots congolais. Et, Expulsé. Mobutu Roi du Zaïre a été interdit par Laurent-Désiré Kabila, puis l’affaire Chebeya a été interdit, il n’a jamais été présenté ici. Ce film qui dit pourtant la vérité de cette affaire. Aujourd’hui tout le monde est d’accord que ce film disais vraiment ce qui s’était passé. Et puis on a interdit, “L’homme qui répare les femmes” avec le docteur Mukwege, ce film qui gênait le pouvoir de l’époque.
Aujourd’hui on me donne la liberté de presenter ce film, voilà je me réjouis. J’ai vu le ministre de l’information (ndlr : Patrick Muyaya) il s’est réjoui aussi. Je pense qu’il a une autre vision  différente de ce qui s’est passé, et qu’on est dans une nouvelle ère, où la censure ne peut plus opérer. D’ailleurs il n’en a plus les moyens, avec les réseaux sociaux et les nouvelles technologies d’aujourd’hui, je sais pas quel dictateur peut encore empêcher un peuple à connaître la vérité sur son pays?

Merci à Thierry Michel pour sa disponibilité

à suivre…

Propos recueillis par Elrick Elesse Boteko

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